QU’EST-CE QUE LA MYSTIQUE ?

Dans la préface de ce bulletin d'information, je mentionne brièvement la vision orientale de l'apparition de sautes d'humeur comme un des éléments d'un processus d'illumination, d'un "processus mystique".

Mais qu'est-ce exactement que la mystique ?

La mystique désigne tout phénomène qui ne peut être décrit avec des mots. Il en va ainsi d'expériences qui, se situant au-delà de nos sensations habituelles, ne peuvent, pour cette raison, être conçues en termes rationnels. Quoi qu'il en soit, de tout temps, certains esprits ont tenté d'exprimer par des mots les expériences qu'ils ont vécues. Or, on note des similitudes frappantes entre ces diverses expériences. Il ressort que les mystiques des différentes cultures et religions ont décrit des expériences et des processus identiques. Dès lors, il est vraisemblable qu'il s'agisse d'un phénomène mystique universel.

Le chercheur américain Arthur J. Deikman a essayé d’explorer de manière scientifique l’expérience mystique et d’en concevoir un module psychologique. Dans deux articles « Deautomatization and the Mystic Experience » et « Bimodal Consciousness and the Mystic Experience », tous deux repris dans le livre « Understanding Mysticism » par Richard Woods, il expose sa recherche. Tout d'abord, il établit une distinction entre les diverses expériences.
Dans la catégorie des expériences instinctives, il range les expériences qui surviennent naturellement ou sous l'influence de certaines drogues. Il s'agit de sensations très intenses de "conscientisation" c'est-à-dire, d’une sensation soudaine d'union avec la nature, sensation par laquelle le sujet transcende les limites de son corps et la perception partielle de la réalité environnante : expériences étourdissantes de lumière, de chaleur, émotions intenses, images ou visions.
Dans la catégorie des sensations instinctives mais davantage dirigées, Deikman range à peu près les mêmes phénomènes mais provoqués par la méditation, dans un contexte religieux. Ces expériences sont influencées par la manière de penser du courant religieux ou mystique dont elles relèvent. On tend à distinguer les expériences tout à fait instinctives de celles qui dépassent tout ce qu'un esprit considéré comme normal peut concevoir. Ces dernières expériences surviennent le plus souvent, après un entraînement intensif et doivent être rangées dans la catégorie des expériences transcendantes dirigées. Une concentration consciente est un premier pas sur le chemin de la transcendance, état dans lequel la fusion avec le tout devient possible. L'aspiration à nos besoins personnels disparaît alors complètement, la sensation de posséder un moi individuel se dissout lors de cette expérience. Les expériences mystiques surviennent plus facilement chez les individus possédant des tendances à la manie ou à l'hypomanie ; ces personnes accèdent rapidement à de tels états, même sans un entraînement de longue durée.
La pensée orientale défend la théorie de la réincarnation, conçue comme un choix entre la possibilité d'évoluer vers un plus haut niveau spirituel ou de laisser échapper cette opportunité et de stagner dans un état de conscience inférieure.

Lorsque l'on accède rapidement à ce type d'expérience et que l'on a une compréhension globale immédiate d'une voie religieuse ou spirituelle donnée, en Orient on en vient à penser que, lors de vies antérieures, on a déjà pratiqué des exercices spirituels et connu une évolution qui rend la progression plus rapide.
Ceci ne signifie pas pour autant qu’une personne est plus évoluée ou meilleure qu'une autre. En fin de compte, chacun conserve son libre-arbitre dans la vie présente.
Je tiens à préciser ceci : en Occident, il n'existe plus de structures mentales permettant d'accéder rapidement aux expériences mystiques. Celles-ci, dès lors, ne sont considérées que comme des épiphénomènes de désordres mentaux.
Par contre, la pensée hindoue établit une nette distinction entre la folie pure et le processus d'illumination. On prétend que la folie n'est qu'une régression, c'est-à-dire que le sujet qui souffre de psychose, manifeste un comportement infantile et n'y trouve aucun potentiel d'évolution.
Lors d'un processus d'illumination, le sujet peut sembler se conduire comme en proie à la folie et connaître les expériences et les pensées les plus délirantes, ainsi que les plus grandes angoisses.
Mais il est clairement question d'un processus d'acquisition de conscience supérieure et d'expériences mystiques transcendantes.
Dans la psychologie et la psychanalyse traditionnelles, les expériences mystiques sont réduites à une régression, à des expériences de la petite enfance, à la symbiose avec la mère, avec le sentiment que cet épisode peut être ressenti comme une manifestation temporaire, signe d'un manque de maturité qui nous empêche de fonctionner normalement.
À cause de ce présupposé, nous souffrons plus encore dans notre comportement social.
Heureusement, il semble que le courant, ces dernières années, évolue lentement vers un plus grand intérêt pour la spiritualité.
Deikman pense que l'humanité, s'automatise peu à peu dans le "penser" et dans le "faire", selon un processus de développement hiérarchiquement organisé.
Après un certain temps, les étapes par lesquelles nous sommes inconsciemment automatisés, disparaissent.
Lorsque nous recherchons une prise de conscience plus riche de nous-mêmes, il s'ensuit un processus de « dés automatisation » vers une "conscientisation" qui semble plus primitive que celle de l'homme adulte.
Lors de ce phénomène de « dés automatisation », des expériences mystiques peuvent surgir.
Quiconque a connu cet état de conscience primitif décrit celui-ci comme régénérateur, c'est-à-dire comme plus vivant, plus sensible, plus conscient du corps et de son environnement.
Le monde reçoit soudain un éclairage qui le rend plus beau.
Dans un état psychotique, le sujet peut parfois avoir d’abord la sensation que le monde est moins réel que d'habitude, qu'il possède une autre réalité « en soi » ou, en fait, qu'il est plus réel qu'à l'accoutumée.
Ensuite, les pensées et les images intérieures deviennent la réalité.
Deikman considère la psychose comme une forme d'expérience mystique.
Le terme d'illumination vient probablement de l'expérience qu'ont beaucoup de personnes de la lumière éclairant le monde environnant.
Il s'agit sans doute d'une conversion de l'énergie libératrice qui surgit du Soi et, de ce fait, éclaire notre monde intérieur.
Deikman explique en termes psychologiques prudents l’expérience d’unité avec le Tout et avec le Divin : il peut s’agir de l’unité avec soi-même, avec sa propre structure psychologique, mais il peut s’agir aussi de la structure réelle sous-jacente du monde. Les développements de ces dernières années en physique, où il apparaît que le monde et nous-mêmes sommes constitués d’éléments semblables, viennent étayer cette dernière idée.
Deikman conclut que les expériences mystiques ne revêtent pas beaucoup d’importance pour la recherche scientifique.
Par contre, pour notre expérience en tant qu’humain, elles sont de la plus haute importance et peuvent probablement constituer un élément de salut pour ce monde.
Notre société occidentale actuelle est surtout axée sur l’approche par l’action, dans laquelle l’homme et l’environnement sont manipulés pour obtenir ce qui est désiré.
En outre, la société est tournée vers le passé et le futur.
Lorsque l’on réserve plus de place à notre côté réceptif et que notre préoccupation ne se limite plus à notre seul ego, l’on devient plus attentif à ce qui se passe ici et maintenant. Nous avons besoin de développer sérieusement ce cette attitude pour que le monde soit plus sain, avec de réelles valeurs humaines.
Dans notre culture, nous avons appris à considérer les expériences mystiques comme des folies, des régressions et des phénomènes subjectifs, donc des phénomènes non scientifiques.
Sans y prêter attention, notre pensée est devenue ridiculement mesquine.
Selon Deikman, il est de la plus haute importance que nous prenions en considération cet aspect mystique de notre humanité si nous voulons continuer à exister humainement et si nous voulons élargir la connaissance de notre moi profond.
Mis à part le salut du monde, le maniaco-dépressif devrait prendre au sérieux toutes ses propres expériences. En fait, cela revient à nous prendre nous-même au sérieux.
De nombreux patients maniaco-dépressifs sont attirés par la spiritualité et par l’expérience mystique, mais souvent ils expérimentent ces phénomènes durant des épisodes maniaques au cours desquels cette force d’attraction suscite de l’angoisse.
L’angoisse fait perdre totalement le contact avec la réalité. Partir consciemment à la recherche d’images et d’expériences du subconscient et de l’inconscient représente pour les maniaco-dépressifs un très grand danger.
Une stabilité excellente (non médicamenteuse) est de la plus haute importance avant de rechercher à nouveau ces états de réalité extrême. Une longue répression culpabilisante de ces expériences et un attachement excessif à son identité de patient-malade ne favoriseront certainement pas la guérison et la paix intérieure.

Grâce à ma propre expérience des dernières années, j’ai appris que les images et les sensations extrêmes m’indiquaient le chemin à suivre.
Les nombreuses expériences de synchronicité, phénomène où les pensées coïncident d’elles-mêmes avec des événements survenant parallèlement, les sensations physiques pénibles que j’expérimentais, telles des brûlures sur tout le corps, telle la fusion inconsciente de ma langue, telle l’énergie qui voyage de bas en haut du corps et les nombreuses visions que j’ai captées, sont pour moi des expériences réelles et non des fables ou des images de malade mental. Elles font partie intégrante de ma réalité et sont comparables à ce que vit un clairvoyant.
Ces expériences extrêmes me montrent un chemin où je suis seul à pouvoir me rendre si j’en reconnais l’existence.
Il en va de même des idées délirantes - telle l’idée d’être responsable d’un tremblement de terre en Inde – ou de la conviction d’être poursuivi ou espionné,qui peuvent de temps à autre devenir une réalité pour moi et recouvrir d’ombre mon expérience d’unité avec le divin et d’un monde plus lumineux.
J’ai la conviction que je continuerai à expérimenter cette unité mystique dans le monde, à condition de bénéficier d’un meilleur contact avec mon entourage près duquel l’angoisse et la paranoïa se dissiperont.
kundalini