BREF COMPTE-RENDU DE L’ARTICLE :

« PSYCHOTIC AND MYSTICAL STATES OF BEING / CONNECTIONS AND DISTINCTIONS », PAR CAROLINE BRETT

José Hoekstra

Dans cet article Caroline Brett compare des expériences psychotiques à des expériences mystiques de manière approfondie.
L’auteur met en relief les ressemblances et les différences, elle étudie différents points de vue de collègues et aborde la vision des religions orientales, en ce qui concerne les expériences pathologiques.
Le plus grand mérite de cet article est que Caroline Brett ne s’applique pas à séparer les psychotiques des mystiques mais qu’ elle a analysé les différences et les ressemblances du point de vue des psychotiques dans le but de mieux comprendre la psychose.

Qu’il y ait des analogies entre des expériences spirituelles et des expériences psychotiques ne fait pas l’ombre d’un doute. De telles expériences ont en commun : états modifiés de conscience, changements radicaux de croyance, transformation de la conscience du temps, perception et communication avec des entités surnaturelles, perception d’une signification des événements et du but de la vie, retrait social. Brett considère les expériences mystiques et spirituelles comme une transformation de l’état normal de conscience dans laquelle naît une nouvelle compréhension de la réalité, de la vie et de l’individu. Elle considère que dans les expériences psychotiques, il y aussi une transformation de l’état normal de conscience. Cependant il y survient une interaction pathologique entre le monde et l’individu.
Une différence essentielle semble exister entre le mystique qui s’occupe plutôt de faire coexister le «Soi » avec l’univers, et le psychotique qui s’occupe de la signification des événements en rapport avec le « Soi ».
Jackson et Fulford concluent que la psychose ne peut pas être distinguée de la mystique sur la base du contenu ou de la forme mais, dépend de la manière dont les phénomènes sont intégrés dans les valeurs et dans les conceptions de la personne. Mais alors, quelles interprétations sont pathologiques ? Il est très difficile de trouver une bonne définition de « l’illusion ». Il est nécessaire pour cela d’observer les hypothèses formulées par divers chercheurs au sujet de l’esprit et de son rapport avec le monde. Un monde illusoire semble être de toute façon un univers dans lequel le monde considéré comme réel semble avoir subi un changement subtil mais dominant. Ce monde contient des transformations fondamentales dans la structure des concepts d’espace, de temps et d’identité. Ceci concerne aussi le monde réel et la réalité de la conscience elle-même.
Selon Sass, il semblerait que dans un état psychotique, la conscience vive une introversion, s’éloigne des préoccupations d’ordre pratique et social.
Un tel état rend impossible l’écoute des idées ou des avis d’autrui.
Les événements courants du monde sont pris au sérieux comme si’il s’agissait de processus cosmiques, et non de processus quotidiens et réels. Tout se relie à des thèmes et des préoccupations tournant autour de sa propre personne.

Par la suite, Brett analyse les états de conscience qui dépendent d’une pratique du Bouddhisme ou du Tantrisme. Le Bouddhisme met l’accent sur la relation entre le monde et l’esprit. La distinction entre l’objet et le sujet est considérée comme une illusion. Seule la conscience se situe dans la continuité. Le soi, lui, n’est qu’une série d’états d’esprit. Dans la phase de transcendance, il est question d’association du sujet et de l’objet dans le processus de « conscientisation ». Le monde des phénomènes est chargé d’une certaine force dynamique. La réalité empirique est conçue comme une pseudo réalité. Les éléments individuels disparaissent dans le néant. « A est A » et « A n’est pas A » sont simultanément valables. L’ego, comme entité à part entière, disparaît. La conscience reste.
Les systèmes Tantriques du Bouddhisme et de l’Hindouisme s’appuient sur le concept des processus énergétiques. Le Tantrisme propose le concept de la Déesse Kali, qui se manifeste sur tous les plans. Tout comme le Bouddhisme, le Tantrisme voit le monde telle une manifestation de la conscience. Ainsi, la conception dualiste de la réalité du monde, face à la non réalité des concepts de l’esprit, devient-elle une pensée illusoire. Ici aussi, la conscience est l’unique réalité dans l’univers. Se référant aux systèmes d’énergie, l’on déduit que lorsque les énergies se développent, la pensée s’épanouit, elle aussi. Lorsqu’un facteur devient disproportionné, la balance perdra son équilibre et un dérangement surviendra. Le système Tantrique est très pertinent pour examiner la psychose. Un aspect particulier de la Déesse Kali traite de la compréhension du temps absolu, ce qui correspond à l’expérience de l’intemporalité que de nombreux psychotiques vivent. De plus, une rencontre avec Kali comporterait une négation de la forme, de la connaissance et du désir. Ceci s’accorde à l’expérience de la réalité étrange et de la perte des schémas d’interprétation habituels, comme cela se produit lors d’une psychose.

Lorsque nous considérons les systèmes spirituels orientaux pour observer l’expérience mystique, nous constatons ce qui suit :
La nature véritable de la réalité dépasse l’opposition sujet/objet, elle ne consiste même pas en une entité séparée sans frontières absolues avec le monde, la division du monde en différents éléments est une fonction de notre esprit.
Les similitudes entre les états mystiques de conscience et la psychose sont manifestes.
Dans le système Tantrique, l’on parle aussi bien de la félicité de la vision transcendante que de l’angoisse généré par le déplacement de la pensée. Une psychose commence parfois par une période d’extase, avant que le sujet soit envahi par l’angoisse et la confusion. Au début, le sujet ressent souvent une impression de renaissance ou d’éveil spirituel, ce qui peut être interprété comme une illusion mais, qui, dans les systèmes spirituels orientaux, est pris à la lettre. Dans la mystique indienne Nord-américaine, ce phénomène se présente aussi : les expériences mystiques gratifiantes existent, autant que les expériences dangereuses font leur place. Finalement, nombre de systèmes mystiques prônent la prudence si l’on veut s’engager sur ce chemin. De préférence, sous bonne conduite.
En fin de compte, la mystique et la psychose diffèrent sur les points suivants :

  1. Lors d’une psychose, une structure altérée de l’ego subsiste, faussée, ainsi que la séparation sujet/objet persiste en partie.
  2. Il est moins aisé de garder sa concentration que lors d’une expérience mystique.
  3. Il est plus difficile de garder son équanimité parce que surgissent l’angoisse, la confusion et l’émotivité.

Ces facteurs mènent à la création d’illusions, justifiant l’étiquette de psychose.
Lorsque la structure de l’ego se sent menacée par une conscience indifférenciée, l’intellect essaie de ramener à la surface certains archétypes, ce qui l’amène à penser que le monde existe de soi-même, ou que le « soi » constitue le monde. Ceci conduit à la folie des grandeurs.

Conclusion

La relation entre les expériences spirituelles et les états de conscience psychotique est très étroite, parce qu’elles ont la même organisation, et sans doute, parce qu’elles sont actionnées par les mêmes processus. La pathologie de la psychose ne réside pas dans le contenu de la pensée, ni dans la forme de l’expérience mais, dans l’impossibilité de revenir à la réalité saine et normale. Cette pathologie provoque l’isolement psychologique et l’incapacité d’admettre la subjectivité d’autrui, ainsi que le désintérêt des choses pratiques ce qui amène la personne à ne plus bien prendre soin d’elle-même.
Les expériences mystiques saines comportent une désintégration identique de la réalité normale, mais l’on peut intégrer l’expérience parce que l’on adopte un comportement non duel à l’égard de l’expérience. Il n’y a pas de désintérêt du monde habituel et un état serein est conservé.
Pour réussir à communiquer, il est nécessaire de pouvoir adopter un cadre de pensées partagé avec une autre personne, ce qui est exclu dans le cas d’un psychotique. Dès lors, il s’ensuit un isolement social total qui peut conduire à la paranoïa.

Pour pouvoir véritablement comprendre des expériences psychotiques, il est important de valoriser les rapports profonds qu’il y a entre la mystique et la psychose. Ceci permettra finalement une plus grande empathie avec les sujets psychotiques, et stimulera de surcroît, les approches thérapeutiques qui se basent sur la réponse émotionnelle de l’individu, concernant ses expériences en psychose.
Du reste, cela fera peut-être naître un nouveau regard sur la définition de la psychose.
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