L’ILLUMINATION DE NOTRE CORPS

Interview de Peter Kampschuur par José Hoekstra

Peter Kampschuur Peter Kampschuur, 53 ans, travaille comme psychologue et comme thérapeute de la respiration.
Dans le passé, on l'a diagnostiqué comme maniaco-dépressif, mais à l’heure actuelle, cela fait déjà plus de 10 ans qu’il est stabilisé et que son état ne nécessite plus aucune médication.
Il a son propre cabinet à St-Michielsgestel, près de S’Hertogenbosch.

Dans une précédente interview que nous avons eue ensemble, j’ai appris que les symptômes de la manie et de la dépression sont en rapport étroit avec l’énergie de la Kundalini.
Pourriez-vous nous expliquer quels sont les rapports entre ces deux phénomènes ?


Par « énergie de la Kundalini », on désigne la force originelle et créatrice qui réside en chaque être. Dès lors, toutes nos expériences vécues naissent en rapport avec la Kundalini.
Nous avons un potentiel d’énergie présent dans notre corps aussi bien qu'extérieur à celui-ci et ce potentiel constitue notre âme.
Les énergies de notre âme circulent dans des canaux, les nadis, qui, en acupuncture, sont appelés méridiens.
Les énergies sont transmutées dans différents centres tels les chakras.

Faites-vous une différence entre « prana », « chi » et « ki », d’une part, et Kundalini, d’autre part ?

On peut établir une distinction entre ces diverses énergies mais elles ne sont pas essentiellement différentes.
On pourrait dire que l’énergie primordiale se répartit entre différentes énergies, localisées en divers endroits du corps.
Le problème de la Kundalini naît lorsqu’une réserve d’énergie fortement concentrée à la base de la colonne vertébrale est stimulée.
Le sens de la vie est de répartir cette réserve d’énergie à travers tout le corps ; ceci se produit généralement de manière progressive.
Parlons maintenant de l’éveil spontané de la Kundalini.
Ce phénomène peut se produire trop soudainement, soit sous l’effet d’émotions intenses, soit suite à des chutes répétées sur le coccyx.
Dans mon cas, il s’est agi d’une petite opération près du coccyx.
Lorsqu’un événement engendre un bouleversement, cette réserve d’énergie est fortement mobilisée et l'énergie devient incontrôlable.
Certes, indépendamment du fait que ce réveil soudain de la force primordiale peut survenir accidentellement, il peut aussi être provoqué par certaines approches du développement spirituel. Ceci ne va pas sans danger.
Il s’agit d’une énergie « chaude » qui tend à s’élever.
C’est le problème lors d’une psychose : l’énergie se précipite hors de cette réserve dense, vers le haut, à travers la colonne vertébrale.
Cette montée soudaine peut être freinée par un certain nombre de vertèbres dans lesquelles existent des « nœuds » ou blocages.
La troisième cervicale est la dernière vertèbre qui peut encore retenir l’énergie.
Dans le cas contraire, l’énergie monte vers l’atlas, la vertèbre supérieure, qui est en liaison directe avec le sommet du crâne ; via cette dernière zone, l’énergie se disperse et c’est ainsi que survient une psychose.

Cela signifie-t-il qu’une psychose survienne nécessairement ?

Oui, il s'agit de l’aspect physique du problème ; c’est ce qui se produit dans le domaine de l’énergie, lors d’une psychose de type maniaque.
Il est très important d’éviter de tels accidents en travaillant sur soi-même.

S’agit-il d’une méthode grâce à laquelle l’énergie se libère progressivement ?

Oui. Le fait d’avancer pas à pas est très important. Cela nécessite certains éléments fondamentaux pour aborder la Kundalini de manière appropriée.
En premier lieu, la façon de mobiliser la réserve d’énergie située dans le bassin devra être élaborée consciencieusement.

En s’enracinant dans la terre ?

C’est par là qu’il faudrait commencer.
En effet, dans notre culture, on accorde une primauté excessive au côté cérébral de l’individu ; le fait se remarque déjà dans l’enseignement de base de divers métiers et dans le prix que nous accordons à notre intelligence.
Mais, en Inde, on n’est pas moins cérébral.

Non ?

De nombreux yogis veulent privilégier le domaine cérébral parce que cela les mène plus rapidement à ce qu'ils considèrent comme une illumination.
Dans certaines traditions hindoues, on conseille à celui qui vient de commencer la méditation, de se concentrer sur le troisième œil ou chakra de l'intuition, ce qui est erroné. Car c’est une manière de perdre encore plus la « mise à la terre ».
En Inde, on n’expérimente pas suffisamment les circuits d’énergie quoiqu’on en distingue un certain nombre qui portent le nom de nadis.
Il y a beaucoup plus de liaisons énergétiques que ce courant situé dans la colonne vertébrale.
Par contre, les Chinois ont de tout temps été intéressés par une bonne circulation de l’énergie dans tout le corps, en particulier dans les jambes, les pieds et les orteils. En effet, cela est nécessaire pour que l’on reste pragmatique dans le monde. Divers méridiens importants se dirigent vers les extrémités des doigts et des orteils. Ceux qui pratiquent le yoga hindou s’en sont certainement déjà rendus compte. Il y a des chakras dans les pieds, mais on les prend rarement en compte. C’est regrettable car l’énergie doit aussi circuler à travers les extrémités du corps. Nos doigts et nos orteils doivent rayonner, sinon ils risquent de s’encombrer et l’on court le danger de ne pas pouvoir évacuer l’énergie excédentaire. Et si dans cette situation l’énergie fondamentale se manifestait, par accident ou intentionnellement, le processus se déclencherait très probablement de manière erronée.

Les situations de manie et de dépression dépendent-elles aussi de ce phénomène ?

Oui. Lors d’une dépression, l’énergie est gravement bloquée et lors d’une psychose maniaque, on l’a déjà évoqué, l’énergie est propulsée vers le haut et explose. On peut avoir alors la sensation de s’être élevé au-dessus de son corps, au-dessus de la terre, au-dessus d’autrui. Cela va souvent de pair avec une situation de désinhibition, lors de laquelle toutes sortes de sensations se succèdent à la vitesse de l’éclair. Ceci a un effet très troublant pour soi-même aussi bien que pour autrui. L’énergie, l’âme est là face au vent, au-dessus de la tête ; la connexion avec la terre est absente et celle avec le divin ne s’établit pas vraiment.

Je voudrais vous interrompre un moment : beaucoup de gens déclarent expérimenter la liaison avec le divin, même en psychose. Ne serait-il pas dommage de confondre l’expérience maniaque, la folie des grandeurs etc. avec l’expérience authentique de conscience élargie, si vous l'avez vécue ?

En pleine psychose, on ne pourra pas faire la distinction. Par la suite, ce ne sera possible que si l’on revient à la lucidité et si l’on parvient à se ressaisir. Je ne parlerai « d’union avec le divin » que lorsqu’on réussit à intégrer dans sa vie personnelle, ses expériences de conscience élargie, de telle sorte que l'on en ressort transformé et que l’on est mené vers une autre façon de vivre et non pas, si l'on a connu une ou plusieurs expériences fugaces. Or, lors d’une psychose, l’énergie, quoi qu’on en expérimente, s’échappe. Pour une véritable union, il est nécessaire que l’énergie spirituelle, c’est-à-dire la lumière que l’on reçoit d’en haut, aille totalement vers le bas, jusqu’à la terre, sous les pieds. Mais si l’on refoule simplement cette énergie, rien ne peut descendre. Ensuite, l’on perd la capacité de distinguer la réalité de l’illusion. Tout s’entremêle irrémédiablement. On se trouve peut-être confronté à un « maintenant », mais de manière inadéquate : l'on perd toute cohérence, l'on devient instable et confus, l'on peut même s'égarer entièrement dans un monde imaginaire. On projette son mode d’expérience sur tout ce qui se produit dans ce monde « normal ». Chaque événement est alors interprété d’une toute autre façon. Cela peut quelquefois ressembler à une illumination ou une libération, mais cela ne l’est pas. Généralement, des angoisses paranoïaques et des sentiments de toute-puissance s’y rajoutent. Ceci prouve qu’on est très loin d’une union avec le divin…Lors d’une psychose, on se retrouve en situation de fuite. Il existe quelque chose que l’on ne veut pas sentir : la souffrance, l'angoisse, le sentiment de perdre ou toute autre chose que l’on perçoit comme menaçant; il s'ensuit une fuite vers le haut. C’est plutôt une élévation de l’ego au-dessus de ce monde qu’un détachement de cet ego. Il y a quelquefois confusion entre l’ego et le Soi supérieur. L’ego s’imagine constituer l'être authentique. Lors d’une véritable illumination, dans la situation d’une conscience élargie, notre énergie s’unit à l’énergie cosmique lesquelles rayonnent à travers le corps, du haut vers le bas. C'est dans ce sens que notre organisme a été construit . Mais cela ne réussit que si l’on ne fuit rien, si l’on ne retient rien de négatif et si l’énergie circule convenablement. Ce qui s’élève sur la face arrière du corps doit, par exemple, aussi descendre sur la face avant. Nous devons simplement, en toutes circonstances, rester maîtres dans notre corps sinon la gestion de notre énergie devient chaotique.

Il n’est donc pas question d’illumination, lors d’une psychose ?

Non, cela peut certes y ressembler, mais ce ne l’est certainement pas. Une psychose maniaque est une sorte de « gonflement de l’ego », au lieu d’un lâcher prise de cet ancien ego. Cette amplification se présente aussi, soit dit en passant, chez des personnes non psychotiques, mais de manière différente et de façon moins extrême.
Il n’y a aucune raison de dire de quelqu’un qui vit dans ce monde, qu’il est définitivement illuminé. Il pourrait l’être à un moment donné, puis, ne plus l’être. Aussi longtemps que nous vivons sur terre, nous pouvons accueillir l’illumination. Il serait donc préférable de dire que nous devenons illuminés. Avant d’être transformé totalement, il est fort possible, qu’à un certain moment, l’on soit réceptif à cette lumière, à cette énergie et, qu’à un autre moment, l’on ne le soit pas. Après une telle expérience, les mystiques ont souvent l’impression que Dieu les a à nouveau abandonnés. Lors d’une psychose, tout devient très confus et embrouillé par le fait que l'on flotte au-dessus de son corps et que la gestion de l’énergie ne peut plus fonctionner normalement, à savoir comme instrument du plus haut Soi, ou du « ciel », ou quel que soit le nom que l'on donne à cette instance supérieure.

Tel est le problème lors d’une psychose. Mais, lorsque l'on redescend sur terre, peut-on faire la différence entre les illusions et les expériences valables et véridiques ?

Oui, à condition de percevoir et de remettre en question tout le non-sens, de lâcher toute l’énergie négative retenue, de renoncer à toute l’imagination obstinée !
Le phénomène est le même lors des états temporaires de « conscience élargie » que lors d’expériences « paranormales ». Ceux-ci peuvent être éveillés par une Kundalini sous-jacente. Il y a soudain plus à voir, plus à sentir et plus à entendre que d’habitude. Ceci dépend des centres d’énergie qui sont stimulés soudainement et peut-être de manière trop intense. De tels états peuvent aussi survenir lorsque l'on entre en contact avec d’autres niveaux d’énergie et de conscience ainsi qu'avec d’autres dimensions. Ceci peut véritablement se produire lors d’un épisode maniaque, mais malheureusement les perceptions correctes se mêlent à des chimères d’angoisse, à des états de confusion entre désirs et réalité etc...
Une psychose maniaque peut être comparée à un rêve éveillé. La conscience diurne normale se mélange à toutes sortes d’impulsions de l’inconscient. Les sensations et les pensées télépathiques peuvent contenir beaucoup d’angoisse et d’illusion ! De quelque manière que cela se déroule, il faut veiller à atterrir sur ses pieds et à maintenir un sens de la réalité qui soit sain. Ce qui a de la valeur reviendra tandis qu’il faut abandonner le reste.

Vous dites dans une précédente interview que l’énergie et la conscience sont les deux revers de la même médaille. Pouvez-vous développer cela ?

La conscience est réveillée par l’énergie. S’il n’y avait pas d’énergie, il n’y aurait qu’un vide inconscient. L’on peut expérimenter dans son propre corps de quelle manière conscience et énergie forment un tout. La manière dont l’on se conscientise et ce que l’on expérimente dépend de la façon dont les énergies circulent ou stagnent. Lorsque l’on travaille sur soi-même, on peut apprendre à sentir cela consciemment et à observer les perceptions qui vont de pair. L’on reçoit aussi de l’énergie du dehors du corps et l’on projette soi-même cette énergie vers l’extérieur. Lorsque nous regardons quelque part, l’énergie de nos yeux se dirige vers l’autre. Et cet autre renvoie de l’énergie en retour. Cet échange fournit des impressions et des images à notre conscience. A vrai dire, tout ce que nous expérimentons est énergie, mais notre cerveau la concrétise en un monde matériel, en un monde d’objets.

Si même la matière est de l’énergie, n’aboutit-on pas à la phrase : « tout est maya, ou illusion » ?

Oui, mais ceci est la conception hindoue. Cela ne me dérange pas qu’on considère le monde comme une illusion, mais alors ce serait une illusion qui existe vraiment. Cela n’a pas de sens d’agir comme si le monde n’existait pas. Tout qui pense de la sorte, sera confronté à de sérieux problèmes. En fait, le monde n’est pas tel qu'on l'observe, car tout est énergie ce que nous avons appris grâce à la physique – mais les sens et le cerveau empruntent son image quelque part. En devenant plus conscient et en débloquant l’énergie, nous obtiendrons une meilleure image de la réalité.
Il existe une autre illusion dont nous souffrons; elle consiste à croire que le monde est en-dehors de nous et que nous nous tenons à l’écart de celui-ci parce que nous sommes emprisonnés dans notre peau. Ceci n’est qu’une des manières d'appréhender les limites entre notre personne et le monde extérieur. Nous sommes bien davantage que nous ne le pensons et que nous ne le sentons généralement, et cela, nous pouvons aussi le découvrir. Parfois, la psychose en est un avant-goût, mais cette expérience n’est pas des plus agréables. Nous pouvons nous sentir très bien dans notre peau et aussi dans le monde extérieur parce que nous sommes à proprement parler l’énergie-et-la-conscience. Le champ d’énergie qui nous environne fait aussi partie de nous. Si nous purifions notre énergie, nous aiderons la Kundalini à se relier à l’énergie universelle ou cosmique qui est omniprésente (la « Mahakundalini »). Le but de la Kundalini est de nous rendre uns et entiers. A cela s’ajoute la créativité née de l’unification. Si nous ne travaillons pas sur nous-même, si nous ne nous détachons pas de nos émotions, si nous ne purifions pas nos circuits d’énergie (centres et champs), nous ne facilitons pas la tâche à la Kundalini. Si cette réserve d’énergie apparaissait soudain, soit par accident, soit suite à une manière erronée de travailler sur soi, la Kundalini devrait agir comme avec quelqu’un qui n’est pas prêt. Ainsi, nous entrons à nouveau dans un processus de purification, mais cela peut se dérouler de façon très capricieuse. En-dehors des psychoses, toutes sortes d’autres troubles sont possibles.

Ainsi, la Kundalini devient en quelque sorte notre maître ?

On pourrait le dire. Lorsque la Kundalini explose avec toute sa force, l' ego ne peut plus la contrôler. La Kundalini est le maître. C’est l’énergie essentielle et l’ancien ego en est le serviteur ou du moins devrait l’être. Dans le processus de purification, de conscientisation, d’ouverture, de guérison et d’unification, on se développe à partir de l'ancien ego pour atteindre un nouveau concept de soi. Entre-temps, il faut abandonner ce qui est indésirable, veiller à être « centré » et « mis à la terre », veiller aussi à un bon écoulement de l’énergie. Au début, l’ancien ego se chargera d’être « centré » dans le corps et à partir de là, « enraciné » dans la terre. Par la suite, on a de moins en moins besoin de cet ego lorsque notre Kundalini se relie avec la totalité des processus d’énergie dans le cosmos – c’est cela que nous nommons l’illumination. Alors, on aboutit à une authentique connaissance de soi. Ce n’est qu’à ce moment précis qu’en tant que personne, on devient un microcosme dans lequel le macrocosme se réfléchit. Heureusement, il est encore possible de le réaliser après une psychose, même si l'on doit fournir un travail supplémentaire.

Y a-t-il un lien avec ce « Soi » qu’il faut réaliser ?

Il s’agit d’apprendre à vivre et à être créatif à partir de l’amour. C’est plus que se réaliser, qui que l'on soit en réalité, parce qu’une telle notion pourrait rester limitée à une idée personnelle, mentale ou intellectuelle. Nous le sentons seulement lorsque nous l’expérimentons avec le corps, Et ceci n’est possible que lorsque la peau n’a plus de frontières autour d’elle, mais devient « perméable », si l’énergie peut la traverser, de l’extérieur vers l’intérieur et vice-versa, parce que la peau « respire de concert ».

Vous êtes thérapeute du souffle. Pourriez-vous nous expliquer votre travail ?

Je propose des exercices de détente, orientés vers le corps. J’utilise aussi la méditation par la respiration. Le principe en est que la manière dont l’énergie circule du premier au dernier endroit du corps, est influencée par la manière dont on respire – même si on ne travaille pas sur soi. Le souffle aussi est de l’énergie et l’énergie dont il s’agit est cosmique, donc présente dans l’air. C’est plus que le simple oxygène et autres composants…Il contient de l’énergie, sinon nous n’en aurions pas besoin. Quand l’on inspire d’un endroit trop élevé du corps, on aboutit à une tension et à des engorgements. Ainsi, l’on court le risque d'une montée excessive de la Kundalini. Malheureusement, on fait cela de manière automatique, comme dans certaines formes de thérapies.

Comme le « rebirthing », par exemple ?

Oui, je trouve que le « rebirthing » est tout à fait erroné et je ne suis pas pour « l’holotropie ». Dans ces approches, on favorise une respiration trop élevée. Avant que l’on ne s’en rende compte, la Kundalini est aspirée vers le haut et l'on perd sa « mise à la terre ». En outre, si l'on n’agit pas spécialement sur la réserve d’énergie située dans le bassin, l’on risque de perdre la « mise à la terre ». On éprouvera des problèmes non seulement en inspirant trop haut mais aussi en n’expirant pas complètement. De ce fait, l’on retient l'énergie. C’est ainsi que commence la tendance à la dépression : avec la non expiration. Mais d’autres ennuis physiques peuvent apparaître, tels des symptômes de rhumatismes. C’est alors que l’on accumule et que l’on bloque l'énergie. Si l’on veut éviter la dépression, il faut mettre l’accent sur une bonne expiration.
Imaginez-vous que vous commettiez les deux erreurs – inspiration trop haute et expiration insuffisante. De là ne peut naître qu’une catastrophe. Or, la majeure partie des gens respire de manière erronée. Lorsque l’on descend profondément dans le bassin, vers sa base, et que l’on inspire à partir de cet endroit, une bonne circulation dans les jambes, les pieds et les orteils est possible. Conformément à l’approche de Hetty Draayer, on apprend à respirer à partir du « point chi » dans le bassin, près du sacrum sur la face arrière. Ce point est un étage plus bas que le « point hara » et s’ouvrira comme une porte dans le sacrum, laissant entrer l’énergie cosmique dans le corps. On apprend alors sur place à relier celle-ci à la réserve de la Kundalini. Elles s’ancrent l’une à l’autre sur le plancher pelvien et de là, des courants d’énergie peuvent être visualisés dans les jambes et dans les pieds vers un endroit dans la terre, 30 à 40 centimètres plus loin que les pieds. Là se crée un neuvième chakra, un centre d’énergie supplémentaire où l’énergie se reliera avec celle de la terre.

Et où se situe le huitième chakra ?

Celui-ci se situe au-dessus de la tête. Là, l’énergie que l’on peut accueillir du haut, est contrôlée, afin de ne pas être trop forte pour le corps. Mais l’énergie doit aller en premier lieu vers le neuvième chakra. Comme dans un arbre, il faut d’abord des racines et ensuite seulement, la cime peut se développer. Au début, l’on se lâche à partir du centre à travers les pieds ouverts et les orteils irradiants vers le neuvième chakra, en suivant l’expiration. Et par la suite, durant l’inspiration, l’on peut accueillir l’énergie de la terre dans le centre du corps. Cela devient un mouvement à deux sens. On obtient alors une union très forte entre le centre et la terre. Ensuite tout un processus de « lâcher prise » se met en route, et l’on rencontre en soi toutes sortes de résistances. C’est alors que l’on apprend à respirer à travers. Ainsi, l’on va progressivement rayonner dans tous les sens, à partir du centre corporel tout autour de nous. On s'épanouit entre le neuvième et le huitième chakra, entre « terre » et « ciel ». La visualisation est une aide pour respirer à travers les blocages et pour abandonner ceux-ci à travers l’expiration. La visualisation permet aussi de créer un nouvel espace pour qu’une nouvelle énergie apparaisse. Au bout du compte, il s’agit de tout un processus de guérison et de transformation.

Cela se produit-il automatiquement ?

Oui…Quoiqu’un adjuvant soit nécessaire dans les situations extrêmes. Beaucoup de gens parlent de cette manière : « Ma sensibilité est exacerbée et la négativité m’envahit » et ils ont alors tendance à s’en protéger. Nos plus gros ennuis, on les éprouve avec nos propres réactions émotionnelles et non avec autrui. Ce qu’il y a de merveilleux, c'est que l’on peut tolérer tout ce qui nous menace, lorsque l'on l’expire à nouveau correctement. Il est à noter aussi que l’on devient si perméable que rien ne laisse de traces. Dès lors, il faut d’abord purifier les canaux, évacuer toute l'obscurité. Et c’est ainsi que la lumière peut naître en nous. Si l’on évoque l’illumination, il est souhaitable de parler d’illumination de notre corps. Si l’on est seulement intéressé par le côté conscient du processus et si on le nomme « réalisation de soi », alors, en fait, ceci ne représente qu’une recherche de satisfaction de l'ego. Toutes les formes de spiritualité et de prise de conscience où le corps n’est pas impliqué dans le processus de transformation, mènent à une fuite de notre propre obscurité, une fuite de notre ombre. En apprenant à bien connaître son corps, en ressentant bien que l’on relâche les tensions et non qu’on les retient, l’on parviendra à se connaître au plus profond de soi. Finalement, l’illumination signifie que toute cette obscurité se transforme en lumière. Comme l’énergie et la conscience sont d'un revers de la même médaille, la conscience claire, pure va de pair avec la lumière rayonnante.
Cette transformation, cette unification est notre tâche. L’on pourrait dire que c’est la mission que nous avons reçue de notre être essentiel, lors de notre incarnation.
Lorsque l’on perd l’impression de se développer, lorsque l’on a le sentiment de stagner et de se sentir enfermé dans sa propre peau, alors l’on se rend malheureux et il ne reste plus que la dépression. Lors d’une dépression, il semblerait que l’on abandonne toute opposition mais à l’intérieur, les résistances sont nombreuses. En augmentant la conscience du corps, on découvre aussi les résistances les plus profondes. L’énergie retenue se situe, par exemple, dans les tissus contractés des muscles ou des organes ou, éventuellement, dans les profondeurs du squelette. Tout cela fait partie des conflits internes qui sont relatifs à l’ego, et toute cette résistance doit être éliminée afin que naissent en soi l’espace et l’ouverture.
La vraie spiritualité peut s’épanouir.

Nombre de maniaco-dépressifs se plaignent d’être hypersensibles, qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est fort probable, ils l’ont vraisemblablement toujours été, même avant qu’ils ne s’en rendent compte. L’on peut vivre de manière hypersensible durant des années sans s’en apercevoir. L’on peut aussi essayer d’enfouir cette sensibilité. Mais durant tout ce temps, l’on se déséquilibre plus facilement, l’on perd plus rapidement sa « mise à la terre » et cela parce que l’on ne se connaît pas bien. Lorsque j’ai mis fin progressivement à ma médication, ma sensibilité m’est vite revenue et je me suis rendu compte combien j’étais sensible. J’étais heureux d’avoir entre-temps travaillé sur moi-même car j’étais prêt à assumer ma sensibilité.
Une autre fois, j’avais été trop vite et avais arrêté sans mon médicament, sans soutien psychologique ou moral. Dans ce cas, lors d’un événement choquant, l’on peut être tellement agressé par son ancienne sensibilité que le sol se dérobe sous les pieds et que l’on retombe dans son ancien travers. Lorsque quelqu’un qui est encore en traitement médicamenteux se présente chez moi, je lui conseille toujours de poursuivre son traitement et entre-temps je le fais travailler au lâcher- prise et à l’ancrage dans la terre.
L’on doit arriver à un point où, même si l’on lâche prise et si l’on ne se protège plus, l’on doit disposer d’une certaine solidité. Ainsi, certaines personnes mangent trop pour se sentir plus forts. Si l’on n’y fait pas attention, cela devient à nouveau une résistance de l’ego. La boulimie apparaît lorsqu’il y a un manque de « mise à la terre », par contre, lorsque l’énergie est bien ancrée, l’on capte celle de la terre, l’on se sent suffisamment solide. Dans ce cas, quoi qu’il arrive, l’on ne tombe plus à la renverse. Il existe des points d’énergie dans les pieds, par lesquels on accueille l’énergie de la terre. C’est une manière naturelle de sentir son corps, sans se crisper et sans se protéger. C'est dans le détachement qu'est la clé. Plusieurs personnes commettent l’erreur de bien vouloir recevoir, mais sans rien lâcher. Par conséquence, il n’y a chez ces personnes, aucun espace pour accueillir une nouvelle énergie.

Et cela aboutit alors à la dépression ?

Oui, parce qu’il y a stagnation, que tout est cimenté. Alors reste la dépression. On peut, par exemple, écouter durant des années des enseignements de Zen ou d’Advaita Vedanta, sans que leur philosophie change quoi que ce soit en nous. Leurs idées, par exemple, « cela est comme cela est », « ne pas agir », « ne rien chercher », vont faire partie de notre « moi » pensant, mais ne changeront rien à l’ouverture et à la gestion de l’énergie. Le corps et l’énergie ne sont tout simplement pas pris en considération par la philosophie Advaita. L’on deviendra sans doute encore plus "mental" et l’on pourrait alors penser qu’il n’y a rien à faire pour évoluer…comme les patients disent fréquemment. Si l’on ne fait pas attention, cela devient une self-fullfilling prophecy (prophétie défaitiste qui se réalise) ! Pendant ce temps, l’on peut, par la manière énergétique, se libérer beaucoup plus profondément que de tels enseignants ne le font.

Je pense que beaucoup d’entre nous oublient ou négligent la zone des chakras inférieurs. Étant donné qu’en Occident, nous stimulons si fort la pensée et donc les chakras supérieurs, les chakras inférieurs doivent receler beaucoup de secrets. Etes-vous d’accord avec ce point de vue ?

Oui, cela est vrai. Il est dommage de refouler ses émotions et de se réfugier dans son mental. L’obscurité la plus profonde, ce que notre « moi » ne veut absolument pas vivre – angoisse, colère, chagrin, blessure – est caché dans la région du bassin, la région des chakras inférieurs. Or, sans cesse, l'obscurité peut être à l'origine d’un développement spirituel. C’est pourquoi le chakra-racine et le chakra sacral doivent s’ouvrir. Sans cela, aucune prise de conscience spirituelle n’est possible. Si l’énergie stagne, l'on s’expose à des blocages. Lorsque je demande à des patients de descendre dans leur bassin et de respirer à partir de là, ils rencontrent ces blocages. Et il faut du courage, de la confiance et de la patience pour respirer à partir de cet endroit, pour tout lâcher à l’expiration. Mais si les pieds fusionnent, c’est le signe que quelque chose s’est transformé dans le neuvième chakra. Dans ce processus, l’énergie de la terre est vraiment indispensable.
Se limiter à la pensée, s'efforcer de la transformer, « penser positif » ne font que cacher le négatif en soi. Plusieurs formes de spiritualité encouragent seulement à fuir la terre. Si vous arriviez par ces techniques à un élargissement de la conscience, vous ne seriez pas entiers, car vous auriez négligé la partie inférieure du corps et vous resteriez inconsciemment divisé. En fin de compte, ce côté obscur devra un jour être affronté. L’on n’est jamais totalement entier lorsque l’on n’implique pas le corps dans le processus. Aussi longtemps que nous demeurons sur terre, nous constituons une unité de corps, d’âme et d’esprit, donc de notre côté matériel, de la gestion de notre énergie et de notre conscience. Cet ensemble doit réellement devenir une unité entière. Qui ne se fonde pas sur ce principe, continue à fuir.
Ceci est donc tout autre chose que le soi-disant « voyage en hauteur par les chakras », du moins si cela implique que l’on déplace l’accent de la conscience des chakras inférieurs vers les chakras supérieurs. Finalement, l’on se situe au-dessus du corps, de manière prépondérante et l’on a de moins en moins de conscience-énergie dans les chakras inférieurs qui peuvent nous relier à la terre. Bref, l’on est mûr pour une psychose. La conscience est arrachée du corps sans qu’il subsiste un centre dans le celui-ci. Ceci peut sans doute occasionner des « expériences extracorporelles » mais jamais dans la grande unification représentée par tout – ce - qui – est.
Si l'on déplace seulement l’accent da sa conscience du bas vers le haut, l’on devient moins conscient de son corps et de la gestion de son énergie, conçues comme un tout. L’on ne ressent plus très bien la partie inférieure du corps et tout ce qu’elle contient. Même des professeurs de Yoga expérimentés sont pour cette raison parfois ignorants du véritable problème. Si l’on veut encore travailler sur des blocages corporels, cela demande beaucoup plus d’effort que chez quelqu’un qui n’a pas suivi une voie spirituelle. Une partie de la conscience a quitté le corps et de ce fait, il est plus difficile de la diriger. C'est regrettable, parce que lorsque l'on agit de la sorte, la conscience a un pouvoir guérisseur dans le corps. Cette force auto guérisseuse est beaucoup plus faible chez quelqu’un qui a placé l’accent de sa conscience en dehors du corps.

Peut-on, en travaillant sur la gestion de son énergie, sortir d’une dépression sans passer en manie ?

Naturellement. Si par des exercices de relaxation, l’on se détache de son ego, l’on se recentre et l’on se « met à la terre », l’on arrive à un nouvel équilibre, une nouvelle structure en soi. Psychologiquement, cela exige de la bonne volonté de prendre conscience de tout ce que l'on a en soi. Cela ne réussira peut-être pas si le sujet souffre d’une dépression vitale, d'une dépression lors de laquelle on ne sent plus rien. Alors, le malaise est si profond que l'on perd toute motivation pour travailler sur soi-même. Mais une dépression courante, comme élément d’une variation d’humeur est à vrai dire seulement une version extrême des « ups » et « downs » que tout le monde connaît. Comme Patricia Bloise le décrit dans son article sur ce site : "ces variations d’humeur sont des variations d’énergie". Si l’on se « centre » et si l’on se « met à la terre », les variations deviennent moins aiguës. Je vois trois origines à la dépression qui, toutes trois, résultent d’un "modus vivendi" erroné concernant l’énergie, de causes dont certaines s'imbriquent.
- La première est le refoulement et la conservation inconsciente d’émotions négatives. Cela coûte de l’énergie sans que l’on s’ouvre à une énergie nouvelle.
- La deuxième cause est le sentiment de stagner, d’être échoué, de manquer de développement en consacrant notre énergie à autre chose que ce qui nous concerne, qui ne correspond pas à notre être.
- La troisième cause est l’épuisement lorsque l'on dépense trop d’énergie sans recharger suffisamment ses batteries. Tout cela peut nous rendre amorphes et désespérés, à plus forte raison si, par exemple, nous rencontrons des problèmes dans notre profession ou si nous devenons très irritables dans notre vie privée.
Une psychose maniaque peut se présenter comme la fuite face à une dépression menaçante, mais aussi résulter directement de cet épuisement. Si les réserves corporelles normales s’épuisent, la source de la Kundalini dans le bassin est entamée comme une dernière tentative désespérée de l’être pour faire malgré tout ce qu’il y a à faire, mais avec le danger de s'emballer. Nous pouvons donc nous éviter beaucoup d'ennuis si nous choisissons tout de suite de faire ce qu’il y a réellement à faire.
Il est conseillé de se laisser assister sur ce chemin, de préférence par quelqu’un qui peut sentir notre énergie et éventuellement la visualiser, qui connaît une bonne manière de la traiter et d’arriver à une purification et à une unification. Il est bon de se rendre compte que travailler sur soi-même est plus profond qu’un traitement, mais cela n’est pas une raison pour rester à se battre seul avec soi-même.
Personne ne peut achever le chemin sans aucune aide.
kundalini